L'identité de la Bête du Gévaudan.


D'après Guy Crouzet - ET EN GEVAUDAN S'INSTALLA "UNE BETE FEROCE INCONNUE SOUS NOS CLIMATS"... (2014)

"[...] Les princes, les grands seigneurs, avides eux aussi d'exotisme, et portés à l'ostentation, possédaient des volières et des ménageries, ces dernières abritant le plus souvent des animaux féroces. Il faut en outre faire mention des ménageries ambulantes telle celle qui se produisait à la grande foire de Beaucaire [...]. Comment ne pas mentionner enfin les gagne-petit, les montreurs d'animaux circulant à travers tout le pays.
A côté du commerce légal, prospérait à coup sûr -comme de nos jours- des trafics d'animaux, des ventes, des achats [...] clandestins, des échanges aussi... [...]".




Le Beauceron, "Berger de Beauce", chien de berger.

De toute les questions qui se posent dans l'histoire de la Bête du Gévaudan, il n'y'en a pas qui suscitent plus d'intérêts et de controverses que celle de son identité. Apporter à celle-ci une réponse concrète demande une assez bonne connaissance des divers témoignages relatifs à cette affaire ainsi qu'une patience de rigueur tant les éléments sont nombreux et variés.

Je me suis penché sur la question, pour tenter de lui apporter déjà quelques éléments de réponses aussi plausibles que possible, en étudiant les principaux caractères de l'aspect et du comportement de la Bête, pour y confronter ensuite des aspects propres à d'autres espèces dénotant le plus de ces caractères.
Pour tenter d'apporter certains de ces éléments à la question de l'identité de la Bête, il est nécessaire en premier lieu, comme je l'ai dis, de relever les principaux aspects de l'animal.
Tous les écrits dont nous disposons parlent bien d'une bête indéfinie, visiblement la même, ayant une apparence proche de celle du loup mais pas exclusivement, car certains témoins ont pu relever des traits de caractère propres au chien, ce qui laisse à penser que la Bête fut une espèce tenant à la fois de ces deux animaux dans sa morphologie naturelle. Ainsi conclu, il ne peut s'agir dès lors que d'un animal hybride, de type chien/loup, d'un chien ayant du loup, ou à l'inverse, d'un loup ayant du chien. 
Je ne pense pas que la Bête ait pu être un loup, quel qu'il soit, pour la raison que les paysans, quotidiennement confrontés à ces animaux, l'ont formellement identifiés comme étant un animal différent du loup (mais lui ressemblant cependant par certains aspects).
Des deux propositions restantes, je privilégierais plutôt logiquement, en raison du contexte, un spécimen de chien ayant des similitudes anatomiques avec le loup, et particulièrement une race de chiens bergers comme il y'en avait couramment alors dans les montagnes telle le Beauceron, encore appelé "Berger de Beauce". 


Au sujet du Beauceron, ou "Berger de Beauce", Wikipédia nous informe: 

"À l'origine destiné à protéger les troupeaux de moutons, le chien de berger s'est vu attribuer un rôle de chien de conduite, au Moyen Âge, via l'application du principe de vaine pâture. En raison de son imposante stature, l'ancêtre du Berger de Beauce a certainement assumé la double fonction de protection et de conduite des troupeaux, dans les plaines françaises, alors que les chiens de taille moyenne effectuaient le même travail en montagne. Dans son Cours d'agriculture, l'abbé François Rozier mentionne un mâtin "hardi" et "capable d'attaquer et de terrasser un loup à lui seul", qui pourrait être entré dans le patrimoine génétique du Beauceron, parmi d'autres ascendants.
Lors de la première exposition canine française qui eut lieu en 1863, sur les 16 chiens de berger présentés, 13 d'entre eux montrent un type lupoïde et une robe noir et feu. Il s'agit certainement de la première apparition officielle des ancêtres du Berger de Beauce. [...]


En 1896, une commission expressément créée pour examiner les caractéristiques des deux principaux chiens de berger français: l'un à poil court (le Berger de Beauce), l'autre à poil long (le Berger de Brie), définit les bases de la sélection. Cette commission, composée d'experts et d'agriculteurs-éleveurs (mais sans bergers!) détermine les critères de la race et officialise la dénomination "Berger de Beauce", en stipulant bien qu'il ne s'agit nullement de la région d'origine mais d'une convention de langage.
De cette commission naît, la même année, le Club Français du chien de Berger. Un premier standard est publié l'année suivante. Relativement vague, il admet une taille de 60 à 70 centimètres, sans distinction de sexe, et il autorise différentes couleurs de robe. En 1911 et à l'initiative de l'éleveur Siraudin, on crée le Club des Amis du Beauceron, club officiel de la race. Le standard est alors revu pour homogénéiser la taille et supprimer les robes devenues rares. [...]
Le beauceron est un chien impressionnant mais souvent très affectueux, qui se plaît en compagnie des hommes. Endurant, il doit pouvoir se dépenser régulièrement. Il exige une éducation parfaitement maîtrisée car, à part sa puissance physique, il a souvent beaucoup de tempérament. En général, il est amical avec les enfants de la famille. Polyvalent et sportif, il s’adapte à de nombreuses activités: dressage, gardiennage, sauvetage, pistage, traîneaux, concours de beauté, etc ". [...]


Dans ce long descriptif de l'espèce, se retrouvent déjà beaucoup de traits pouvant être rapportés à la Bête du Gévaudan. D'une façon plus précise, je vais traiter ce paragraphe en le divisant en partie distinctes, afin d'assurer plus de clarté aux propos.


"En raison de son imposante stature, l'ancêtre du Berger de Beauce a certainement assumé la double fonction de protection et de conduite des troupeaux, dans les plaines françaises, alors que les chiens de taille moyenne effectuaient le même travail en montagnes".

Rien d'étonnant donc, à ce qu'un individu, quoique ancêtre de cette espèce, se fut retrouvé sur les hauteurs du Gévaudan.


"Dans son Cours d'agriculture, l'abbé François Rozier mentionne un mâtin "hardi" et "capable d'attaquer et de terrasser un loup à lui seul", qui pourrait être entré dans le patrimoine génétique du Beauceron, parmi d'autres ascendants".

Il y'a ici un point très important que nous pouvons relever dans les propos de l'abbé François Rozier, né en 1734 et mort en 1793, qui démontre bien que le Beauceron arborait une stature relativement puissante et une audace remarquable pour son temps, et quoi que ce point fut peut-être exagéré, il n'en demeure pas moins une caractéristique significative. 
Quant au terme "mâtin" employé, il désignait vulgairement à l'époque un molosse difficilement identifiable, ce qui sous-entend notamment qu'il devait y avoir une évidente variabilité plus ou moins marquée, notamment des couleurs du poil, de la taille et du poids au sein-même de l'espèce.
Pour ce qui est de la remarque concernant le patrimoine génétique de la race, elle confirme à mon sens qu'il y'ait pu avoir tout au long de l'évolution de celle-ci des accouplements naturels entre Beauceron et loups, ce qui peut expliquer la grande diversité des individus de cette race observée à l'époque, ne permettant pas encore une classification précise de ces animaux dans le genre chien.


"Lors de la première exposition canine française qui eut lieu en 1863, sur les 16 chiens de berger présentés, 13 d'entre eux montrent un type lupoïde et une robe noir et feu. Il s'agit certainement de la première apparition officielle des ancêtres du Berger de Beauce".

Certains individus de cette race présentaient bien encore des caractéristiques déviantes par rapport au genre dominant, et rien ne nous empêche de supposer qu'ils aient pus avoir un poil de couleur radicalement différente et des dispositions physiques plus conséquentes. 
En revanche, l'observation de la prévalence du caractère lupoïde chez ces chiens est significative dans la mesure où elle confirme d'une certaine façon les dires de l'abbé François Rozier qui supposait justement déjà à son époque que le loup ait pu influer sur le code génétique du Beauceron, probablement de façon naturelle.


"En 1896, une commission expressément créée pour examiner les caractéristiques des deux principaux chiens de berger français: l'un à poil court (le Berger de Beauce), l'autre à poil long (le Berger de Brie), définit les bases de la sélection. Cette commission, composée d'experts et d'agriculteurs-éleveurs (mais sans bergers!) détermine les critères de la race et officialise la dénomination "Berger de Beauce", en stipulant bien qu'il ne s'agit nullement de la région d'origine mais d'une convention de langage.
De cette commission naît, la même année, le Club Français du chien de Berger. Un premier standard est publié l'année suivante. Relativement vague, il admet une taille de 60 à 70 centimètres, sans distinction de sexe, et il autorise différentes couleurs de robe. En 1911 et à l'initiative de l'éleveur Siraudin, on crée le Club des Amis du Beauceron, club officiel de la race. Le standard est alors revu pour homogénéiser la taille et supprimer les robes devenues rares".

Là encore, on a bien une preuve de la diversité du genre Beauceron, notamment pour ce qui concerne les robes et donc l'apparence. 
Les tailles (très probablement mesurées au garrot), et même si elles ont été relativisées par la suite, restent tout à fait remarquables.


"Le beauceron est un chien impressionnant mais souvent très affectueux, qui se plaît en compagnie des hommes. Endurant, il doit pouvoir se dépenser régulièrement. Il exige une éducation parfaitement maîtrisée car, à part sa puissance physique, il a souvent beaucoup de tempérament. En général, il est amical avec les enfants de la famille. Polyvalent et sportif, il s’adapte à de nombreuses activités: dressage, gardiennage, sauvetage, pistage, traîneaux, concours de beauté, etc".

Ces points nous aident à mieux cerner l'espèce, et sont néanmoins édifiants si l'on en rapporte quelques uns à certains comportements de la Bête du Gévaudan.

En résumé, le Beauceron est un chien qui présente des aspects du loup, et qui au 18ème siècle se distinguait encore très certainement par une grande variabilité morphologique. Il possède dans ses gènes certaines aptitudes du loup, qui sont le résultat de croisements à l'origine-même de la race.

Il me semble tout à fait plausible, après ce premier travail de recherches personnelles, que la Bête du Gévaudan pu avoir été un chien de cette race, du moins un ancêtre de celle que l'on connaît aujourd'hui avec les caractéristiques qui lui sont propres.
En ce sens les descriptions physiques du Beauceron correspondent relativement avec celles qu'ont relevées les témoins et qui nous sont parvenues.

L'hypothèse du chien de berger de type "Berger de Beauce" est, selon moi, à exploiter sérieusement en raison des points concordants que j'ai évoqué ci-dessus. 

3 commentaires :

Anonyme a dit…

OK, sur le même sujet, voir mon petit bouquin intitulé " Drôles de loups" qui aborde la question des hybrides loups/chiens : http://www.thebookedition.com/droles-de-loups-jacques-baillon-p-112828.html

Anonyme a dit…

NON JE NE PENSE PAS QUE CE SOIT UN CHIEN IL FAUT SAVOIR QUE LE GEVAUDAN EST UNE REGION PAUVRE OU LE GIBIER CE FAISAIT TRES RARES OU IL YAVAIT BCP DE CHASSEURS CAR LE PEUPLE AVAIT FAIM ET ILS VENDAIENT LEURS PEAUX POUR RECOLTER UN PEU DE SOU CAR IL YAVAIT DES TANNERIES DONC CONCLUSION MOINS DE GIBIER MAIS IL YAVAIT AUSSI DES CONTREBANDIERS ET DES GENS QUI SE BATTAIENT JUSQUA LA MORT DANS TOUTE LA REGION LES CADAVRES ETAIENT LAISSES CA ET LA LES LOUPS MOINS DE NOURRITURE CAR PEU DE GIBIERS SE RABATTAIENT SUR LES CADAVRES HUMAINS ET LORSQU UN ANIMAL UN CANIDE PRENDS GOUT A LA CHAIR HUMAINE IL NE PEUT PLUS S EN PASSE DONC D APRES QUELQUES TEMOIGNAGES CELA ETAIT BIEN UN LOUP ET UNE LOUVE DE GRANDE TAILLE AVEC DES LOUVETEAUX IL NE FAUT PAS NON PLUS SE DISPERSER

Le blog de la Bête du Gévaudan a dit…

Votre argumentation est bien mal fondée. Le blog est certes construit dans le but de laisser du champ à de possibles réactions, mais il y'a aussi des propos qui ne peuvent être tenus dans un espace où l'on s'efforce de privilégier, au mieux possible, les vérités scientifiques et historiques.
Si effectivement, il n'y'avait pas beaucoup de gibiers à l'époque dans les campagnes du Gévaudan, comment expliquer qu'il y'avait, de façon contradictoire, beaucoup de chasseurs ? C'est un non-sens de vous-même, et les gens, autant pour se nourrir, ne chassaient certainement pas les loups... !
Je suis d'accord pour dire que les règlements de compte, et autres faits de vengeance étaient fréquents au XVIII° siècle, mais je ne pense pas qu'on puisse tangiblement affirmer que des corps, présents en quantité assez importante, puissent avoir éveillés chez le loup, une soudaine attirance pour la chair humaine... ! Le loup est un opportuniste, qui se nourrit selon des principes innés à tout animal sauvage, hormis dans certains cas, qui restent tout à fait exceptionnels, et qui ont une nature en tous points différente.
Les témoignages dont vous parlez, n'ont justement jamais décris irrévocablement un loup, mais une "bête", LA BESTIA. Je vois que vous vous êtes bien mal documenté, notamment sur le comportement de notre animal en question... ! La façon d'être de la Bête du Gévaudan ne tient rien d'un individu lambda, vulgaire loup affamé par des dizaines de cadavres !