samedi 30 janvier 2016

Note sur la chasse du 19 juin 1767.


Le château de la Garde, en Lozère.

"Il y’avait, dans la demeure familiale, au second étage, une pièce remarquable de par ses allées d’innombrables étagères sur lesquelles on avait entreposé, notamment, de gros coffres sombres. Cette pièce, autrefois verrouillée de quatre serrures pour une raison que j’ignore, servait aujourd’hui à l’entrepôt des archives historiques du domaine. 
Par chance, on ne devait pas mesurer assez l’intensité de ma curiosité, aussi j’avais la ferme assurance de pouvoir passer ici de longues heures tranquilles.
Les coffres étaient tenus fermés par de simples attaches de ceinture. On découvrait d’abord, en les ouvrant, que les documents qu’ils contenaient avaient été soigneusement classés par ans et par siècles. A raison de deux heures par journées, je dû étaler mes recherches sur trois semaines, tant il y’avait de documents en conséquence. Je ne pu rien tirer de la plupart. [...]

"Le 20 Juin 1767
La chasse du 19 dernier fut une réussite. L’on entendra plus, du moins, parler de la Bête, et je me suis entendu féliciter par … d’avoir pu conduire une entreprise si miraculeuse.
… qui vint me rencontrer le 18 sur le soir, assure qu’une certaine forme de sagesse est née désormais dans le cœur et l’esprit de … . Ces deux personnes ne m’inspirent pourtant guère confiance; quoique … soit instruit de l’Ordre Souverain. J’ai recueilli son éminent témoignage, d’ailleurs, que j’adresserai à M. lmdM.
… avait en outre un fort tempérament, et une face bien sombre; nul doutes cependant que sa volonté, si elle servit de mécanique diabolique autrefois, permit hier d’assurer une fin définitive et salutaire aux événements."".

mardi 26 janvier 2016

Le loup au temps de la Bête du Gévaudan.


"Le bon berger", un tableau peint par Pieter Brueghel le Jeune en 1616.

Le loup était, à l’époque de la Bête du Gévaudan, un animal fortement craint qu’il était déjà nécessaire d’éliminer tel un fléau. On en tuait, à ce titre, chaque année en France au 18ème siècle, une quantité considérable au nom seulement d’antiques superstitions et croyances bien ancrées dans les esprits des populations d’alors.
L’incidence à long terme de pareilles pratiques sur l'équilibre de l'écosystème, entre autre, importait bien peu aux autorités de l'époque, d’ailleurs, si l’on en croit la teneur de certaines de leurs directives qui assuraient une récompense financière à quiconque tuait un loup !
La peur viscérale et ancestrale de cet animal s’associe souvent - on peut le remarquer dans les divers documents historiques qui nous sont parvenus - à l’interprétation quelque peu erronée de certains de ses actes, dont son opportunisme nécrophage sur d’anciens champs de bataille parsemés de cadavres humains. Mais elle tire surtout ses racines dans la réputation "mythifiée" qui s’est répandue au Moyen-âge à son sujet, notamment, puis transmise de générations en générations.
Les habitants du Gévaudan, et plus particulièrement en raison de l’influence catholique omniprésente à cette époque du 18ème siècle, se méfiaient du loup autant que du Diable, à qui ils avaient voués progressivement, sans doutes, une image tout à fait similaire, c'est-à-dire celle de la noirceur absolue.
Dans ce contexte, l’apparition d’un animal aux dispositions mystérieusement anthropophages ne pouvait naturellement qu’entraîner une stigmatisation amplifiée du loup, et au moins en augmenter considérablement la crainte. 

dimanche 17 janvier 2016

Notre-Dame de Beaulieu, en Lozère.



Les vestiges de la chapelle Notre-Dame de Beaulieu, qui a accueillie selon la tradition orale un grand pèlerinage durant lequel Jean Chastel fit bénir son fusil et trois balles, en 1767, se trouvent dans les alentours du village de Paulhac-en-Margeride, en Lozère.
Henri Pourrat, dans son ouvrage "Histoire fidèle de la Bête en Gévaudan", écrit: "Il y'eut, - le souvenir en est resté - un grand mouvement de foi, d'espérance et d'amour. Le jour de la clôture fut jour de pèlerinage. Les paroisses allèrent en procession à la chapelle de N.D. d'Estours. Elle est assise sur une haute échine de roche, au voisinage du château de Besque, qui était celui du marquis d'Apchier. On dit que l'église de N.-D. du Puy et les chapelles de N.-D. d'Estours et de N.-D. de Beaulieu sont trois soeurs. C'est-à-dire qu'elles ont un air de famille. Rudes, gracieuses, toutes trois, tenant de la roche et de la fleur, comme la montagne, avec ses cheix de pierres sur les sommets d'herbe et ses fleurs de S. Jean, de S. Jacques, de S. Laurent, des autres saints de l'été, en rosaces rouges, roses, violettes dans le pâturage. [...]
Puis eut lieu un grand pèlerinage. Ce fut à N.-D. de Beaulieu, au pied du Mont-Chauvet et du Mont-Grand, dans ces étendues de gazon et de sagnes qui s'en vont vers le Mont-Mouchet. [...]
On vint donc au haut lieu, au bout de sa prairie. Les paroisses y étaient montées en procession encore, conduites par leurs curés. On chanta des cantiques, on fit brûler des cierges. [...]
Chanter d'une voix fausse l'Ave Maris stella, allumer ces cires de quelques liards, cela du moins les humains le peuvent. Dieu s'attend-il beaucoup plus de ses pauvres enfants ?
On était venu demander à Notre-Dame de délivrer enfin le pays de la Bête. On chantait. On priait. A l'offrande, Jen Chastel fit bénir son fusil. Il fit bénir aussi trois balles".

samedi 16 janvier 2016

Saint-Julien-Des-Chazes, en Haute-Loire.



C'est dans les alentours de cette commune que François Antoine, le 21 septembre 1765, abattit un gros loup qu'il fit ensuite passer pour la Bête du Gévaudan.
L’événement nous est rapporté ainsi par Henri Pourrat, dans son ouvrage "Histoire fidèle de la Bête en Gévaudan": "Enfin, ce même jour, 17 septembre,arrive de la louveterie du Roi le secours en chiens tant attendu. Dès le lendemain, 18, M. Antoine envoie des limiers, un valet,trois ou quatre gardes reconnaître les bois de l'abbaye Sainte-Marie des Chazes. Le 19, on revient l'avertir qu'on y a vu un gros loup, une louve, de forts louveteaux. Il part sur le champ, avec toute sa troupe, -c'est loin, et dans des quartiers sauvages, de l'autre côté de l'Allier, qu'on passe en bac. Le 20, au matin, les trois valets de limiers et le valet de chiens lui font rapport qu'ils ont détourné loup, louve et louveteaux dans le bois de Pommier.Il y va avec les gardes et quarante tireurs venus de Langeac; il le fait investir. Lui, Antoine, il se poste à vingt pas d'une plaine, sur la croisée de quatre sentiers. Puis les valets entrent dans le bois, et se mettent à le fouler -c'est leur mot, - à le battre avec leurs chiens.
Tout à coup à travers la feuille, M. Antoine croit voir venir une âme ou un muleton. A cinquante pas, il reconnaît un loup énorme, qui s'est arrêté, caché par le branchage et tourne la tête pour le regarder. Aussitôt il lui tire dessus, de sa canardière, et la charge de poudre est si forte que le recul l'envoie au sol.
Mais le loup est tombé. M. Antoine siffle sa fanfare et crie hallali. Tournoyant, -la balle, entrée par l’œil droit,est allée fracasser la nuque, -mordant et secouant les mousses, la terre, l'animal arrive à dix pas. M. Antoine n'a pu recharger sa canardière que de poudre. Il l'empoigne par le canon. Il a planté en terre près de lui son couteau de chasse. Cependant, Rinchard,à un cri d'appel, est accouru. Il tire un coup de carabine dans le derrière du loup, qui s'enfuit en plaine et à trente pas de là tombe mort".